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 Chapitre VI

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Elwin
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Date d'inscription : 12/03/2011
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MessageSujet: Chapitre VI   Dim 13 Mar - 18:43

*
* *

Il y a des êtres qui sont faits pour détruire la vie des autres
et qui ne sont faits que pour cela.
Roger Mondoloni.

Sa chute l'avait laissé sans énergie. Il resta là allongé sur le dos, le corps endolori, les yeux grands ouverts. Il sentait le goût de la peur lui assécher la gorge. Que s'était-il passé ?
Le froid avait déjà envahi tout son corps. Il ne sentait presque plus les extrémités de ses membres gelés.
Il ouvrit la bouche pour y laisser entrer un peu d'air. Il fallait qu'il respire. Sa poitrine se soulevait et s'abaissait au rythme de sa respiration difficile.
Que s'était-il donc produit ? Ou avait t il atterri ?
Il faisait de la randonné depuis son plus jeune âge. Son père l'avait emmené avec lui dans ses excursions, lui transmettant ainsi le goût de la marche, l'amour de la nature et celui du silence offert à ceux qui des heures durant avaient sillonné les sentiers, gravi les massifs escarpés, pour l'atteindre enfin.
Au fil du temps et de ses expériences, il était devenu un randonneur hors pair. Un pro.
Il avait presque atteint son but. Il était presque parvenu à destination. Quand il avait entendu le bruit tout près de lui, si proche déjà, il était trop tard. Pourtant il se tenait sans cesse sur ses gardes, conscient des dangers de la montagne. Il avait bondi sur le coté, se tordant la cheville dans son geste précipité.
Il avait cherché à s'esquiver de je ne sais quelle attaque. Derrière lui il discerna un râle, un rugissement.
Son sang se glaça. Il réalisa alors où il se trouvait.
Affalé à quatre pattes dans les feuilles humides et les cailloux qui jonchaient le sol, il s'aida de ses mains pour se redresser et fuir.
Pris de panique, il occulta la douleur que lui causait sa cheville blessée.
Il se releva en catastrophe et se mit à escalader les rochers qui lui barraient la route. Qu'importe ce mur de pierre, il fallait le gravir. Vite ! Il fallait réagir.
Ses mains écorchées n'avaient pas le temps de rechercher des appuis surs. Plusieurs fois, il dérapa et faillit tomber. Il se raccrochait à la roche par tous les moyens dans la confusion la plus totale.
Il y aurait planté ses ongles, telle une lame dans le tronc d'un arbre. Il devait être rapide. S'échapper.
Le bruit inquiétant avait disparu mais il pouvait sentir encore sa présence. L'ennemi à ses trousses était toujours là, tapi dans l'ombre, il le menaçait.
Lui seul savait à quel point, à cet instant, il avait peur.
Puis ses mains le trahirent. Il lâcha prise. Chutant de plusieurs mètres, il se retrouva à terre terrorisé et à moitié inconscient.
La violence du choc l'avait sonné.
Sa conscience lui ordonna de reprendre immédiatement ses esprits. Il se concentra de toutes ses forces pour les retrouver. C'était vital, il en était certain.
Mais la neige tombait à présent. Sous ses yeux les flocons défilaient, lui brouillant la vue.
Il tenta de bouger. En vain. Dans son lit de pierres et de feuillages trempés, il était piégé.
« C'est trop tôt » murmura t-il alors qu'il aurait voulu crier. Vingt six ans, ce n'était pas l'heure. Ce n'était pas juste.
Tétanisé par la peur, il voulut se mettre en boule et enfouir son visage entre ses mains. Mais il n'en avait pas la force.
Ce fut cet instant que choisit son inconscience pour faire surgir la douloureuse réalité de l'existence, toutes ces choses souvent si éphémères ou futiles qui font de votre vie ce qu'elle est.
Tout ce que l'on tait, tout ce que l'on porte en soi sans le savoir et qui donne à votre existence sa valeur véritable.
Là, perdu, il revit des scènes grotesques de sa vie, ces images aussi que l'on préfère oublier et qui reviennent parfois vous hanter tard dans la nuit, puis ces projections d'une vie heureuse et emplie d'amour. Il se représenta sa mère, ses traits parfaits, l'incarnation de la tendresse et de la bonté.
Elle le fixait avec ce regard rassurant qu'elle lui offrait comme un réconfort quand il était enfant.
Elle souriait. Oui, comme d'habitude, elle lui souriait.
Pourtant elle devait s'inquiéter. Elle l'attendait et elle avait besoin de lui.
Pour la première fois de sa vie d'homme il supplia le ciel de lui venir en aide. Il voulut croire qu'il y avait quelqu'un avec lui. Quelqu'un pour l'aider.
S'il était allé à l'église, s'il avait eu la foi, est ce que cela aurait changé quelque chose ?
Il l'ignorait. Pourtant, il implora le seigneur et tous ses saints, en silence, juste dans sa tête. Il leva le regard de façon à apercevoir le ciel pour l'implorer encore. Mais la neige dans ses yeux ne le lui permettait pas. C'était donc cela, on ne lui ferait aucun signe. Il n'y avait pas droit. Il était seul.
Eperdu de frayeur, il entendit l'autre s'approcher et ferma les yeux.
A travers son souffle court et bruyant, il perçut la respiration lourde et régulière qui s'avançait.
Il était calme. Il avait patienté et à présent il venait à lui doucement. Imperturbable. Et lui, il était incapable d'empêcher cela.
Il rouvrit les yeux, dans un dernier effort, dans un dernier espoir, celui de découvrir que tout cela n'était qu'un cauchemar et qu'il allait reprendre le cours de sa vie.
Une silhouette sombre se dessina au dessus de lui, le surplombant de toute sa hauteur. Elle était immense. Elle s'approcha encore et il rencontra ses yeux. Il n'avait jamais rien vu de pareil. Il ne voulait pas mourir en la regardant. Ce n'était pas cette vision d'horreur qu'il voulait emmener avec lui. Il ferma ses paupières. Il n'y eut plus rien alors. Plus rien excepté la neige et la douleur.




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source: grandioses-metamorphoses.vefblog.net

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